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 la légende de achille

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redouane
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مُساهمةموضوع: la légende de achille    الإثنين يناير 17, 2011 11:31 pm

Une légende (de l'adjectif verbal latin legenda, « qui doit être lu ») est, à l’origine, un récit mis par écrit pour être lu publiquement : dans les monastères, pendant les repas ; dans les églises, pour l’édification des fidèles lors de la fête d’un saint. Dans ce genre de littérature, la précision historique passe au second plan par rapport à l’intention spirituelle (dans l'hagiographie) ou morale.

C'est un récit fictif le plus souvent d'origine orale faisant appel au merveilleux. Une légende, à la différence d'un conte, est fortement liée à un élément clé, ceci est précisé et se concentre sur un lieu, un objet, un personnage, une histoire, etc. Au fil du temps, la légende devient un mythe pour les sociétés futures, car elle perd en précision et gagne en fantaisie et en grandeur/amplification. Dans la langue courante, le mot légende est également devenu synonyme de mythe, et renvoie à quelque chose dont l'existence n'a jamais pu être prouvée.

Achille




La légende d'Achille, rendue célèbre par l'lliade, est l'une des plus vieilles et des plus riches de la mythologie grecque. Comme tous les héros, Achille est un demi-dieu. La légende dit qu'il aurait pu être le fils de Zeus, mais celui-ci apprit, au moment où il convoitait Thétis, mère d'Achille, qu'elle aurait un fils dont la gloire dépasserait celle de son père; c'est pourquoi Thétis, divinité des eaux et fille de l'océan, fut mariée à un mortel, Pélée, roi de la Thessalie.
Plongé dans le Styx par sa mère (qui le tenait par le talon, ainsi non immergé) pour le rendre invulnérable, il est élevé par le centaure Chiron qui le nourrit de la moelle des ours et des lions pour affermir ses instincts guerriers. À dix ans à peine, Achille s'engage dans la même voie qu'Héraclès: entre une vie longue mais morne et une vie courte mais pleine d'aventures, il choisit la seconde. S'il connaît sa destinée, il jouit cependant de la protection des dieux maîtres de l'intelligence, tels Athéna, Héphaïstos, Hermès. Thétis essaie de le soustraire au destin en le confiant à Lycomède, roi des Dolopes, établi à Scyros et qui le cache parmi ses filles; Achille épousera l'une d'elles, dont il aura un fils, Néoptolème ou Pyrrhus; ses rapports affectifs seront, par la suite, marqués par cette période passée dans la compagnie des femmes: le dilemme amour-devoir fera de lui un héros bien plus complexe qu'Hercule. Le destin, en la personne d'Ulysse, le découvre en sa retraite et Achille doit diriger la conquête de Troie, à la tête des Myrmidons.
Si Achille est la personnification de la bravoure et de l'impétuosité, il imprègne l'action homérique d'un autre caractère: la colère et l'individualisme, qui l'amèneront à s'opposer, à juste raison, à Agamemnon, au sujet d'une captive, et à refuser de se battre malgré les victoires successives des Troyens et les dangers qui pèsent sur la flotte grecque. Seul le désir de venger la mort de Patrocle, son ami le plus cher, bien plus qu'un idéal panhellénique, le déterminera à reprendre la lutte. Il fera un terrible carnage parmi les Troyens, dont les cadavres menaceront de faire déborder le fleuve Xanthe. Après avoir tué Hector, il traînera son corps derrière son char et le laissera sans sépulture jusqu'à ce qu'il consente à le rendre, sous la pression des dieux indignés et les demandes répétées de Priam, père d'Hector. Achille ne tardera pas à être tué à son tour, touché au talon par une flèche que lui lance Pâris et qui est guidée vers son but par Apollon. Cette légende, fameuse, reprise et enrichie, inspirera plus d'un poète, d'Eschyle à Shakespeare et Racine, et sera l'un des éléments fondamentaux de la culture et de la géopolitique grecques: c'est à Achille qu'Alexandre, s'engageant dans la lutte contre l'Empire perse, offrira un sacrifice sur l'emplacement de Troie.




NaissanceL'un des faits les plus marquants de sa légende vient du désir de sa mère, Thétis, de le rendre invulnérable. Ensuite, les récits divergent. Selon une tradition ancienne, Thétis place tous ses enfants dans un chaudron d'eau bouillante ou dans le feu, pour vérifier s'ils ne sont pas immortels ; Pélée l'arrête avant qu'elle ne puisse faire subir le même sort à Achille[3]. Selon d'autres, elle les frotte d'ambroisie et les place dans le feu pour que celui-ci consume la part mortelle des enfants[4] — une légende semblable est attachée à Démophon d'Éleusis[5] ou encore, dans la mythologie égyptienne, à Isis.

Enfin, la variante la plus populaire la montre trempant son fils dans les eaux du Styx, le fleuve des Enfers, en le tenant par le talon[6]. Il devient ainsi invulnérable, à l'exception du talon par lequel sa mère l'avait tenu, ce qui a donné lieu à l'expression « talon d'Achille », qui signifie « endroit vulnérable, point sensible ». Néanmoins, l'Iliade ne mentionne aucune de ces traditions liées à la naissance d'Achille[7], et rien dans l'épopée ne permet d'affirmer qu'il est insensible aux coups. Dans la Suite d'Homère de Quintus de Smyrne, il est blessé par le prince éthiopien Memnon[8]. Au reste, Achille n'est pas le seul héros grec réputé (presque) invulnérable : les traditions tardives accordent aussi ce privilège à Ajax le Grand[9].

Éducation
La tradition dominante veut qu'à l'instar d'autres héros comme Jason et Actéon, Achille ait été confié par son père au centaure Chiron, habitant le mont Pélion en Thessalie[10]. Là, il apprend la médecine[11], le maniement des armes, l'art de monter à cheval et de chasser, ainsi que la musique[12]. La littérature ne rapporte pas d'exploit particulier de la part du jeune garçon, si ce n'est ses prouesses à la chasse[13].

L'Iliade se montre peu diserte sur Chiron, et met plutôt en avant le personnage de Phénix qui apprend au jeune garçon l'art de l'éloquence et le maniement des armes[14]. Dans une scène touchante du chant IX, le vieil homme se souvient d'avoir tenu le héros sur ses genoux, découpant sa viande et l'aidant à boire son vin[15]. Enfin, ailleurs dans le poème, Thétis clame également avoir élevé son fils elle-même[16].

La première mobilisation à Aulis
Les événements de la guerre de Troie qui précèdent ceux de L'Iliade sont particulièrement confus. Dans L'Iliade, Achille est envoyé directement par Pélée, avec Patrocle et les Myrmidons[17], lorsque les chefs grecs se rassemblent à Aulis. Les Chants cypriens, une épopée du Cycle troyen, racontent ensuite comment, poussée par les vents, la flotte grecque débarque par erreur en Mysie. Croyant avoir atteint Troie, les Achéens passent à l'attaque et se heurtent au roi local, Télèphe, fils d'Héraclès. Achille l'affronte et le blesse. L'expédition grecque repart, mais une tempête l'emporte jusqu'à l'île de Skyros, où Achille épouse Déidamie, fille du roi Lycomède[18]. Les Chants cypriens racontent ensuite comment Télèphe, blessé, se rend à Argos pour être soigné par Achille en échange d'informations sur la route vers Troie[19].

L'Iliade ne fait pas allusion à ces événements, mais ne les contredit pas non plus. Au Ve siècle, la geste d'Achille et de Télèphe est connue de Pindare, qui y fait allusion dans l'une de ses Isthmiques[20], ainsi que d'Eschyle, Sophocle et Euripide. Les premiers lui consacrent chacun un cycle tragique (aujourd'hui perdus) couvrant probablement l'ensemble du récit, de l'arrivée en Mysie à la guérison à Argos. Le Télèphe d'Euripide, lui aussi perdu, est connu par les nombreuses allusions qu'y fait Aristophane : il se concentre sur l'arrivée de Télèphe et sa guérison par Achille. Des sources plus tardives[21] précisent que Télèphe, après avoir tué bon nombre de Grecs, s'enfuit lorsqu'il rencontre Achille. Pris dans des vignes déployées par Dionysos, il est blessé par la lance d'Achille. Suivant un schéma magique fréquent, seule cette même lance pourra ensuite le soigner.

La manière dont Achille rejoint l'expédition grecque fait l'objet d'une variante plus tardive qui s'impose ensuite comme dominante. Un oracle a appris aux Achéens que le jeune homme est indispensable à la prise de Troie[22]. Thétis ou Pélée, craignant pour sa vie, le déguise en femme et le cache parmi les filles de Lycomède, afin de le soustraire à la pression des guerriers[23].

Chez Lycomède, qui selon les versions est au courant ou non de la supercherie, Achille porte le nom de Pyrrha, « la rousse »[24]. Sous son déguisement, il séduit ou viole Déidamie, qui lui donnera Néoptolème, également appelé Pyrrhus[25] lequel se révèlera indispensable à la prise de Troie.

Ayant eu vent de la ruse, Diomède et Ulysse arrivent ensuite à Skyros et identifient Achille, qui rejoint alors l'armée grecque. L'épisode est le sujet d'une tragédie d'Euripide, les Skyriens. Ovide précise comment s'y prennent les deux héros : déguisé en marchand, le roi d'Ithaque propose aux filles de Lycomède des tissus précieux et des armes ; Achille se dévoile en étant le seul à saisir une épée et un bouclier[26]. Chez Apollodore, c'est une sonnerie de trompette qui réveille l'héroïsme du jeune homme, qui se dévoile ainsi[27]. Stace combine ces deux variantes. Chez Hygin, le héros se montre un peu moins naïf : entendant des trompettes, Achille croit la cité attaquée, et saisit les armes pour la défendre[24].

Le second voyage vers Troie
Alors que l'armée grecque s'apprête, la colère d'Artémis contre Agamemnon bloque la flotte à Aulis. Un oracle dévoile qu'il faut sacrifier Iphigénie, fille de ce dernier ; c'est par la promesse d'un mariage avec Achille que les chefs achéens attirent alors la jeune fille à Aulis[28].

La flotte part peu après et s'arrête en cours de route sur l'île de Ténédos, où un festin est organisé. Achille, invité tardivement, se met alors en colère[29]. Nous connaissons une autre occasion au cours de laquelle Achille se met en colère au cours d'un dîner : dans l'Odyssée, l'aède Démodocos propose à la cour d'Alcinoos de chanter la dispute entre Achille et Ulysse, dispute dont un oracle d'Apollon Delphien aurait prédit qu'elle serait le signe précurseur de la chute de Troie[30]. Une allusion de Plutarque à une pièce perdue de Sophocle rapporte de même qu'Ulysse se moque, pendant un banquet, de la colère d'Achille : il accuse ce dernier d'avoir pris peur en voyant Troie et Hector, et de chercher un prétexte pour fuir[31]. Il n'est pas facile de déterminer s'il s'agit d'un seul et même épisode ou de deux colères distinctes[32].

Un second incident prend place à Ténédos : l'île est gouvernée par Ténès, fils d'Apollon, qui repousse les Achéens. Achille le tue[33], malgré la recommandation de sa mère de ne pas le tuer sous peine de périr lui-même des mains d'Apollon[34]. Plutarque raconte de son côté que Thétis envoie aux côtés d'Achille un serviteur chargé de lui rappeler l'avertissement ; Achille s'y tient jusqu'à ce qu'il rencontre la sœur de Ténès, qui le frappe par sa beauté. Ténès s'interpose pour protéger sa sœur et Achille, oubliant l'avertissement, le tue[35].

Premières années de la guerre
Quand la flotte grecque arrive devant Troie, Achille doit affronter Cycnos, fils de Poséidon et roi de Colone, qui les empêche de débarquer[36]. Celui-ci a la particularité d'être albinos[37] et invulnérable : aucune arme ne peut le blesser[38]. Achille parvient finalement à le tuer en l'étranglant avec la jugulaire de son casque[39] ou, selon une autre version, d'un jet de pierre[40].

Les Grecs installent leur camp sur la plage qui s'étend devant Troie ; une ambassade achéenne pour réclamer Hélène échoue. Achille éprouve alors le désir de voir la jeune femme. Les Chants cypriens indiquent seulement que la rencontre est arrangée par Aphrodite et Thétis, sans davantage de détail[41]. Cependant, une variante hellénistique évoque une prédiction de Cassandre selon laquelle Hélène aurait cinq maris — Thésée, Ménélas, Pâris, Déiphobe et Achille[42]. Il ne s'agit visiblement pas d'une allusion au règne d'Achille après sa mort aux Champs Élysées, puisque la même source fait de Médée son épouse post mortem. Peut-être faut-il en conclure que le rendez-vous entre Achille et Hélène s'est terminé par l'union des deux protagonistes[41].

Une fois les Troyens retranchés derrière leurs murailles, Achille s'emploie à couper l'approvisionnement de la ville. À la tête de ses nefs, il attaque et réduit ainsi onze cités d'Anatolie, tributaires de Troie. C'est dans Lyrnessos, l'une de ces villes, lors de la dixième année de siège, qu'il reçoit pour part d'honneur Briséis[43], tandis qu'Agamemnon reçoit Chryséis lors du sac de Thébé[44].

La colère
C'est à ce moment que commence le récit de l'Iliade. Une peste frappe le camp grec[45] et Calchas, encouragé par Achille, révèle qu'Apollon a puni Agamemnon pour avoir refusé à son prêtre, Chrysès, de lui rendre sa fille Chryséis[46]. Obligé de céder, Agamemnon furieux réclame une autre part d'honneur. Achille se récrie et Agamemnon, pour l'humilier, décide de prendre Briséis, sa captive[47]. En colère, ce dernier décide de se retirer sous sa tente et jure sur le sceptre d'Agamemnon, don de Zeus, de ne pas retourner au combat[48]. Il implore sa mère de demander à Zeus l'avantage aux Troyens, tant qu'il sera absent du champ de bataille[49]. Zeus le lui accorde. C'est ce que résument les premiers vers de l'Iliade :

« Chante, ô déesse, le courroux du Péléide Achille,
Courroux fatal qui causa mille maux aux Achéens
Et fit descendre chez Hadès tant d'âmes valeureuses
De héros, dont les corps servirent de pâture aux chiens
Et aux oiseaux sans nombre : ainsi Zeus l'avait-il voulu[50]. »

Privés de son appui, les Grecs essuient défaites sur défaites, et alors que les Grecs sont acculés et que les Troyens menacent de brûler leurs nefs, le vieux sage Nestor, Phénix et Ulysse viennent en ambassade plaider la cause achéenne[51]. Achille reste ferme mais Patrocle, ému par les malheurs de ses compatriotes, obtient l'autorisation d'Achille de sauver les Grecs en portant ses armes[52]. La manœuvre réussit mais Patrocle, malgré sa promesse à Achille, engage la poursuite[53]. Il est tué par Hector, qui prend les armes d'Achille comme butin[54]. Furieux et humilié — trompé par Patrocle, qui en est mort et donc hors de punition, et symboliquement vaincu par Hector —, Achille décide de se venger, malgré les avertissements de sa mère : s'il affronte Hector, il mourra peu de temps après[55]. Héphaïstos lui forge de nouvelles armes, avec lesquelles il sort à la recherche d'Hector[56].

Revêtu de son armure divine, il s'engage à nouveau dans le combat et abat un grand nombre de Troyens sur son passage[57], tellement que les eaux du Scamandre sont souillées de cadavres[58]. Offensé[59], le Scamandre manque de noyer Achille[60]. Sauvé par l'intervention d'Héphaïstos[61], celui-ci rencontre enfin Hector, le défie et le tue avec l'aide d'Athéna[62]. Il traîne sa dépouille trois fois autour de la ville avec son char[63] avant de la ramener dans le camp achéen.

Rentré dans sa tente, le héros pleure son ami mort[64]. Au moment de brûler la dépouille, il coupe sa chevelure en signe de deuil[65] et sacrifie quatre chevaux, neuf chiens et douze jeunes Troyens dont les corps sont jetés sur le bûcher[66]. Le lendemain, il traîne de nouveau derrière son char le corps d'Hector, cette fois autour du tombeau de Patrocle[67].

Achille fait pourtant preuve d'humanité en laissant le roi Priam, venu dans sa tente en suppliant, emporter le corps de son fils pour lui accorder des dignes funérailles[68]. Il obéit ainsi à sa mère[69], envoyée par les dieux mécontents du traitement infligé à la dépouille du héros[70].

Memnon et PenthésiléeL'Éthiopide, l'une des épopées du Cycle troyen, reprend le récit de la guerre de Troie là où l'Iliade s'arrête. Elle raconte comment, après la mort d'Hector, la ville de Priam voit arriver de nouveaux champions. C'est d'abord l'Amazone Penthésilée, fille d'Arès. Achille l'affronte en duel et s'éprend d'elle au moment où il la tue, ce qui excite les moqueries de Thersite. Excédé, le héros le tue et doit ensuite se purifier sur l'île de Lesbos.

Peu après arrive Memnon, fils d'Éos (l'Aurore) et de Tithon, et prince des Éthiopiens. Là encore, il rencontre Achille en combat singulier et est tué par lui.

Mort
Les jours d'Achille sont désormais comptés. Xanthos, l'un des chevaux d'Achille, l'a prédit au héros, attribuant sa mort à un « dieu fort »[71]. De même, Thétis l'a averti à plusieurs reprises[72] qu'il mourrait jeune, précisant même qu'« Apollon [l]e tuerait de ses flèches rapides / lorsqu'[il] serai[t] sous les murs des Troyens belliqueux[73]. » Enfin, Hector expirant a prédit la mort de son adversaire, tué par Pâris et Apollon, près des Portes Scées[74].Plusieurs versions existent quant à sa mort. L'Éthiopide précise qu'il meurt de la main de Pâris et d'Apollon alors qu'il poursuit les Troyens sous les murailles de la ville[75]. Pindare laisse entendre que le dieu prend la forme du fils de Priam et tue Achille pour retarder la prise de Troie[76], comme il le fait déjà dans l'Iliade pour arrêter Patrocle dans son assaut[77]. L’Énéide est la première à indiquer explicitement que Pâris tire la flèche meurtrière, qui est guidée par Apollon[78].

À ce stade, aucun texte n'évoque le fameux « talon d'Achille ». Le motif de l'endroit vulnérable apparaît pour la première fois chez Stace[79], un poète de la deuxième moitié du Ier siècle ; peu après, Hygin mentionne expressément la cheville, qu'Apollon transperce de sa flèche, comme son seul point vulnérable[80]. Toutefois, quatre vases de la période archaïque et du début de la période classique représentent soit Pâris décochant une flèche vers le bas du corps d'Achille (la cuisse, le tibia ou le pied), soit Achille mort, une flèche à travers le pied, ce qui tend à prouver que la tradition du « talon d'Achille » est ancienne[81]. Enfin, tous les auteurs[82] parlent bien de la cheville (talus en latin, σφυρόν / sphurón en grec ancien), mais le mot talus change ensuite de sens pour donner le « talon » français[83].

Une autre tradition lie la mort d'Achille à son amour pour Polyxène, fille de Priam : le héros est tué alors qu'il négocie avec le roi troyen la main de sa fille dans le temple d'Apollon Thymbrien[84]. Dans une autre version, Achille s'éprend de Polyxène alors qu'elle accompagne son père venu réclamer la dépouille d'Hector ; Priam lui promet alors sa main sous réserve qu'il mette fin à la guerre — il s'agit en réalité d'une embuscade[85], puisque Pâris l'attend, l'arc à la main, tapi derrière une colonne du temple[86].

Ses funérailles sont contées dans le chant XXIV de l'Odyssée par l'âme d'Agamemnon, ainsi que dans le livre III de La Suite d'Homère de Quintus de Smyrne. Ses cendres sont mêlées à celles de Patrocle et d'Antiloque dans une urne d'or. Il est enseveli, au milieu des pleurs et de gémissements, sur le rivage de l'Hellespont et ne connaît donc pas la victoire finale des Grecs.

Après sa mort

Ajax portant le corps d'Achille, lécythe attique à figures noires, v. 510 av. J.-C., Staatliche Antikensammlungen de MunichHomère, dans l'Odyssée, le représente régnant sur le pré de l'Asphodèle dans l'Hadès, et bien désabusé. À Ulysse qui le félicite de régner parmi les morts, il répond :

« Ne cherche pas à m'adoucir la mort, ô noble Ulysse !
J'aimerais mieux être sur terre domestique d'un paysan,
Fût-il sans patrimoine et presque sans ressources,
Que de régner ici parmi ces ombres consumées[87]. »

Dans l'Éthiopide, Thétis le représente après la mort comme vivant la vie idéale du guerrier, sur l'Île Blanche, au milieu de combats sans nombre et de festins éternels, marié à Médée, à Hélène, à Iphigénie ou encore à Polyxène. Pindare, dans ses Néméennes[88], évoque pour sa part une île « brillante » située dans le Pont-Euxin. Euripide reprend également cette version dans son Andromaque[89].

Interprétation
Bien que descendant de Pélée et de Thétis, Achille est soumis à une condition mortelle. Cependant Homère le marque d’une empreinte divine : sa mênis, c’est-à-dire sa colère. Elle n’a rien de commun avec la rage et la rancœur qui caractérisent les humains, c’est une passion divine. Les autres héros de l’Iliade sont dominés eux par la mania, la folie guerrière qui les aveugle tous (à l’exception du seul Ulysse).

Quand Agamemnon lui arrache Briséis, il est profondément blessé, il lui semble qu’il perd son honneur héroïque, grâce que Zeus accorde à ses préférés. Dès lors peu importent à Achille les présents expiatoires qu’envoie Agamemnon, pire, ils ne font qu’attiser sa colère car Agamemnon croit pouvoir dominer sa mênis divine par de simples objets. En effet, aussi précieux soient ils, ils sont humains et donc sans valeur vis-à-vis de ce qui constitue pour Achille la preuve de sa divinité.

Achille est donc un personnage ambigu, car libre de respecter tour à tour les codes et rites des héros et les mœurs humaines. Cette liberté l'oblige à n'appartenir à aucune des factions, ce qui lui donne une place à part dans l'œuvre d'Homère[90].

Culte

Johann Heinrich Füssli, Thétis pleure la mort d'Achille, 1780, Art Institute of ChicagoAchille fait l'objet d'un culte héroïque dans plusieurs régions de la Méditerranée. Il est difficile de savoir comment le culte a pris son essor, car les cultes héroïques se focalisent généralement sur la tombe du héros. En l'espèce, les restes d'Achille sont supposés se trouver sur les rives de l'Hellespont, non loin de Troie : dans l'Iliade (XXIII), Patrocle est enterré à cet endroit, et son fantôme demande à Achille que leurs cendres soient ensevelies au même endroit ; l'Odyssée précise qu'un grand tumulus, visible depuis la mer, est élevé par les Achéens[91]. Un culte y est attesté dès le Ve siècle av. J.-C.[92] et une ville, Achilléion, est fondée sur le site[93]. Les Thessaliens y effectuent un pèlerinage annuel[94], et les textes mentionnent que l'armée perse vient y vénérer Achille pendant les guerres médiques[95], suivie par Alexandre le Grand[96] ou encore Caracalla[97].

Le culte d'Achille n'est pas cantonné à sa tombe : il est également vénéré à Érythrées (Anatolie), à Crotone, à Sparte et à Élis (Péloponnèse) ou encore à Astypalaia, une île des Cyclades[98]. Le culte pour lequel nous disposons du plus grande nombre de traces est celui de la région d'Olbia, en mer Noire, qui a cours du VIe siècle av. J.-C. à la période romaine. Une série de stèles inscrites des IIe et IIIe siècles montre qu'Achille y est vénéré sous l'épiclèse de « Pontarque » (en grec, roi du Pont). Il est même l'une des principales divinités de la région à l'époque romaine[99]. Un fragment d'Alcée, reprenant la phraséologie de ces inscriptions, évoque Achille régnant sur la Scythie[100]. Dans la même région, l'étroite péninsule de Tendra est appelée dans l'Antiquité la « piste de course d'Achille[101] ». Le nom s'explique probablement par des jeux athlétiques organisés en l'honneur du héros, attestés au Ier siècle apr. J.-C.[102]. Enfin, l'île de Leukè (actuelle île des Serpents), littéralement l'« île blanche »), au nord-ouest du Pont-Euxin, est le site de culte d'Achille le plus connu sous l'Antiquité. Elle abrite un temple et une statue de culte[103]. Le héros est réputé y habiter : il apparaît en vision aux marins qui approchent de l'île[104].

Le culte d'Achille est souvent lié à la mer, association qui ne s'explique pas par les éléments de son mythe, mais seulement par sa filiation avec une néréide ; il est ainsi vénéré conjointement avec Thétis à Érythrées[105]. Il est particulièrement populaire auprès des marins, qui sont à l'origine de la plupart des offrandes votives à Achille découvertes dans le Pont-Euxin[105].

Achille comme modèle

Tiepolo, La Colère d'Achille, 1757, fresque de la Villa Valmarana (Vicence). Athéna retient Achille prêt à tuer AgamemnonIndépendamment de son culte, Achille s'impose aux Grecs comme un personnage héros exemplaire. Ainsi Alexandre le Grand s'y compare-t-il, regrettant de ne pas avoir trouvé un Homère pour chanter ses propres exploits. En compagnie de son ami Héphaestion, le conquérant sacrifie même sur la tombe d'Achille et de Patrocle.

On le retrouve dans les arts mais aussi en philosophie. Ainsi par exemple, Socrate s'attache-t-il à relativiser la droiture morale (faute d'une envergure intellectuelle suffisante, Achille n'aurait pas été capable de tromper autrui) à l'aide d'une comparaison entre Ulysse et Achille, en s'attachant à démontrer que si Ulysse était trompeur, Achille ne l'était pas moins, mais seulement moins habilement. L'un des arguments de Zénon d'Élée parle de la course d'une tortue contre Achille. Au contraire, Pindare loue sa droiture dans l'une de ses Néméennes.

Représentations artistiques
Littérature
Achille est le héros de l'Iliade, mais aussi d'autres épopées du Cycle. On peut citer la Memnonide et l'Éthiopide d'Arctinos de Milet, la première ayant influencé la seconde, parlant d'Achille tuant le héros Memnon pour venger son ami Antiloque, thème très comparable au combat contre Hector pour venger Patrocle. Ces deux épopées sont probablement antérieures à Homère.

Il est aussi le h
héros de l'Achilléide, un poème en latin inachevé de Stace, contant son enfance.

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la légende de achille
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